Rencontrer un des fondateurs de la société Knauf reste un honneur puisque ces derniers accordent très rarement des interviews. Ce privilège, la rédaction de CONNECTS YOU l’a eu grâce à une entrevue entre Lothar Knauf et l’actuel directeur de Knauf Belgique, Patrick Renard. L’occasion de regarder dans le rétroviseur mais aussi d’envisager le futur et les nouveaux défis à relever pour le groupe. Deux générations d’hommes qui se succèdent à la tête d’une même entreprise, qui partagent les mêmes valeurs mais qui travaillent à des époques bien différentes.

2 Hommes, 2 Époques, les mêmes défis …

Et si on commençait par le début… ?

LK : Je suis arrivé à Engis à l’âge de 30 ans en 1972. J’avais travaillé en Allemagne durant 2 ans lorsque la nécessité d’ouvrir une usine en Belgique a été évoquée par mon père. Lorsqu’il m‘a désigné pour la diriger : je n’ai pas hésité, j’étais ravi ! J’allais être mon propre chef, mener mes projets. J’avais hâte de réaliser tellement de choses. Mais mon objectif premier était de développer le marché. Il faut dire qu’à l’époque, le plâtre Knauf était en quelque sorte une révolution. Nous mettions sur le marché un produit qui pouvait enduire les murs en une couche ! La seule difficulté était que notre produit était plus cher que le produit traditionnel qui consistait en du mortier à base de chaux et de sable.

Il fallait arriver à convaincre et démontrer l’efficacité du produit. Je dois reconnaître qu’il n’a pas fallu longtemps pour changer les pratiques du métier !

Très vite nous avons atteint des chiffres de vente incroyables. Les résultats dépassaient nos espérances. Nous avions engagé dans chaque Province de Belgique et des Pays-Bas des instructeurs pour faire connaître nos plâtre aux artisans. C’était la belle époque, la concurrence était bien moins forte qu’aujourd’hui.

Vous considérez que la concurrence est plus rude aujourd’hui ?

PR : Le marché a énormément évolué et notre société a dû en faire autant. La gamme des produits Knauf est bien plus large aujourd’hui qu’hier. Il faut à tout moment anticiper les besoins des clients pour rester leader. Nous avons la chance de bénéficier à Engis d’un centre de recherches ce qui nous permet de développer de nouveaux produits. Mais, vous savez, ce sont aussi les gens qui travaillent pour Knauf qui permettent de faire bouger la marque.

Notre Directeur d’usine Fabien Rencurosi, en quarante ans, a considérablement fait évoluer les plâtres. Certains clients fidèles à notre marque testent nos produits et nous examinons ensemble comment les faire évoluer.
Aujourd’hui, on ne parle plus de simples plaques de plâtre, mais bien des spécificités qui les caractérisent : résistance au feu, à l’humidité, aux bruits, aux chocs… Aujourd’hui, tous nos produits correspondent à une application spécifique.

Le fait que Knauf soit une société familiale vous a-t-il aidé dans votre réussite ?

LK : C’est une évidence ! Vous savez, à l’époque on ne travaillait pas comme aujourd’hui. Les circuits de décision étaient très courts. Je passais un coup de fil à mon père ou mon oncle pour leur parler d’un investissement et dans l’heure, il pouvait être fait. C’était une liberté totale et c’est comme ça qu’on a pu profiter de belles opportunités. Nous nous sommes toujours fait confiance au sein de la famille. Bien entendu, il fallait faire ses preuves, mais travailler pour l’entreprise familiale était une fierté. J’ai fait mes études d’ingénieur dans ce but précis, tout comme mes frères. Nous avons toujours eu l’objectif d’étendre la société au-delà des frontières. Aujourd’hui, il y a encore des représentants de la famille Knauf au sein du Conseil de Famille (cfr. Conseil d’administration), mais notre société est devenue trop grande et notre famille trop petite pour assurer toutes les directions de nos filiales ! Il a donc fallu rapidement externaliser les postes à d’autres managers que ceux de la famille. Ça apporte du sang neuf et c’est très bien.

PR : Je dois reconnaître que le fait d’avoir 25 ans de maison et d’avoir été engagé par Lothar Knauf, ça aide avant de prendre la direction de Knauf Belgium ! Les valeurs portées par les fondateurs font partie intégrante du management que j’ai toujours connu. De manière consciente et parfois même inconsciente, mes décisions sont guidées par ces dernières. Chez Knauf, on fait confiance et on part du principe que les bonnes idées peuvent venir autant du management que des gens de terrain. Si une idée mérite d’être développée, Knauf investira dans ce projet, car il ne faut jamais oublier qu’on avance grâce aux succès. C’est ce qui a fait le succès de l’entreprise à ses débuts et ça, malgré le temps qui passe et les directions qui se succèdent, c’est une ligne de conduite qu’on ne quitte pas.

Le nom Knauf jouit d’une très bonne réputation. C’est bien entendu très positif et c’est ce que nous recherchons, mais c’est aussi un challenge quotidien de répondre à ce niveau d’excellence.

On parle de Knauf comme d’une « Multinationale dotée d’une tradition familiale » …

LK : Bien entendu ! Ça me convient ! Ce qui compte c’est la philosophie avec laquelle on travaille et je souhaite que la confiance soit toujours un moteur de réussite pour Knauf car c’est en étant ambitieux que l’on réussit. Il faut promouvoir cela au sein de sa société.

Je suis allé défendre des marchés dans différents pays et le fait d’avoir une relation de proximité entre le patron qui porte le nom de la marque et les clients nous a permis d’établir partout un rapport de confiance sur le long terme. J’ai parfois eu des relations amicales avec certains négociants qui étaient eux-mêmes des sociétés familiales. Je sais qu’aujourd’hui, c’est encore comme ça. Le Groupe apporte beaucoup d’importance à ce que les délégués soient sur les routes pour répondre aux besoins des clients, que l’on puisse donner des conseils sur chantier, que l’on soit à l’écoute des négociants.  Avec la concurrence actuelle, je suis persuadé que le point fondamental qui nous différencie de nos concurrents est le partenariat.

Quand nous avons démarré l’usine d’Engis, nous n’étions pas bien nombreux. Je connaissais le nom de tout le monde et ça a été le cas jusqu’à mon départ à la retraite. Vous savez, pendant toute ma carrière, ceux qui ont travaillé avec moi vous le diront, la porte de mon bureau était ouverte pour celui qui voulait venir me parler, il n’y avait pas besoin de prendre rendez-vous !

PR : Il ne faut pas perdre de vue qu’aujourd’hui encore le Groupe Knauf n’est pas coté en bourse. C’est un choix bien entendu et je pense que cela participe à garder un côté humain dans les relations de travail. La volonté du Groupe c’est de travailler sur le long terme et non pas en fonction de la fluctuation des marchés et d’une valeur boursière qui vous imposent parfois de prendre certaines décisions.

En outre, une autre caractéristique est que, quelle que soit la région du monde, la politique de Knauf est de choisir des dirigeants locaux. C’est une force considérable pour prendre les décisions adaptées à un marché que l’on connaît forcément très bien. Ayant les mêmes us et coutumes que le personnel, ça nous aide à être plus proches de lui.

Que retenez-vous de la période durant laquelle vous avez travaillé avec votre père ?

LK : Mon père, Alphonse Knauf, était une personne intègre et visionnaire, et ce qui le caractérisait, c’était cette faculté à être un pionnier. C’est parce qu’il était un excellent technicien, il était ingénieur des mines diplômé de l’Université de Berlin, qu’il a pu concevoir le premier four de bande en caillebotis pour cuire du gypse. En 1975, le plâtre MP 75 était fabriqué pour être projeté grâce à la G1.

Ce sont des développements qui se sont avérés stratégiques pour le Groupe puisque Knauf a créé le marché. A titre plus personnel, je retiens les nombreux voyages que j’ai pu faire avec mon père. Je me souviens de la Chine en 1975. Nous y sommes retournés trois ans plus tard et je dois reconnaître que ce fut chaque fois une aventure culturelle incroyable avec les personnes qui nous ont reçus.

Quels sont les défis qui attendent Knauf ?

PR : Je suis certain que Knauf va continuer à prospérer comme il l’a toujours fait. Nous avons encore beaucoup de marchés à conquérir en Asie, en Inde et en Afrique. Techniquement, les deux piliers fondamentaux de Knauf sont le plâtre et le secteur de l’isolation. Nous avons une réputation de qualité ce qui est le meilleur moyen d’après moi pour contrer les importations. Knauf a toujours eu cette réflexion qui consiste à trouver des alternatives qui rendent le travail plus confortable pour les gens qui travaillent avec nos produits. Nous nous plaçons constamment dans une réflexion d’amélioration continue pour nos gammes.

Un des grands défis qu’il faudra relever sera celui de la technologie digitale. Je pense particulièrement au développement du BIM qui est cette plateforme en ligne qui permettra au développeur de projet de connaître l’ensemble des matériaux qui entrent dans son chantier en ayant les références des produits, les qualités, les emplacements …

Enfin, la stratégie de développement doit passer par des solutions durables. Tant au niveau des produits que nous créons que des modes de transport. Je pense que la carte à jouer repose sur les matériaux entièrement recyclables et produits faits à partir de produits recyclés.

Vous portez un regard très positif sur votre carrière…

LK : Bien évidemment, j’ai eu une chance incroyable de développer ce business à l’époque où je l’ai fait. J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de personnes très intéressantes dans ma vie et de découvrir des pays formidables. Je me souviens de l’époque où je prenais la voiture avec un géologue pour aller découvrir des gisements de gypse. Cela m’a permis de découvrir des paysages magnifiques dans de nombreux pays tels que l’Amérique du sud, l’Espagne, Israël ou encore l’Italie. Certains gisements découverts à l’époque approvisionnent toujours nos usines.

Oui, je dois reconnaître que ma carrière m’a permis de faire beaucoup de choses et que mon enthousiasme pour les nouveaux projets a rarement été freiné !

Une chose dont je reste fier c’est d’avoir mis en place le centre de formation sur le site d’Engis. Cette idée venait de l’Allemagne et rencontrait un grand succès. Il reçoit encore aujourd’hui plus de 2000 personnes chaque année qui viennent se former aux techniques du métier. En 40 ans, vous imaginez le nombre de personnes que ça représente !

Est-ce que vous faites parfois appel à Monsieur Knauf lorsque vous devez faire des choix stratégiques pour la société ?

PR : Non jamais ! Il le fait avant … (rire). Il faut savoir que Lothar reste toujours en lien avec les résultats de notre Groupe, il analyse les chiffres et sait donc très vite lorsqu’il y a d’importantes décisions à prendre. Occasionnellement, nous partageons le même bureau ! Je rigole, mais je ne prends pas les décisions seul,

j’ai bien entendu un comité de direction qui m’apporte l’éclairage nécessaire pour prendre les décisions qui s’imposent pour une bonne gouvernance. La force d’une entreprise est d’anticiper les investissements nécessaires pour être prêts lorsque le marché est mature. C’est ce à quoi l’équipe de direction s’emploie.

SI VOUS ÉTIEZ …

Mr Renard…

Une qualité : Ponctuel
Un défaut : Impatient
Un pays : La Belgique
Une couleur : Le vert
Un livre : E. Hemingway – Le vieil homme et la mer
Une chanson : Coldplay – Sky
Un héros de l’Histoire : Jack Nicklaus
Un don de la nature : Compréhensif  – Une devise : Toujours regarder devant

Mr Knauf…

Une qualité : Passionné
Un défaut : Impatient
Un pays : L’Espagne
Une couleur : Le vert du printemps
Un livre : Tolstoï – Guerre et paix
Une chanson : Amy Winehouse – Rehab
Un héros de l’Histoire : Magellan
Un don de la nature : Joie de vivre  – Une devise : Ne pas attendre demain